«   Il y a des mouvements sur le fleuve ce matin, de tout petits mouvements causés par un vent glacial, et puis, il y a cet horizon bleu-rose métallisé, les lignes noires du rivage opposé que l’on aperçoit au loin, de l’autre côté du fleuve.

  Je suis seul avec mes pensées et cela me fait du bien. Derrière moi, tant d’aspects pratiques autour du tournage, toute cette logistique incombant à l’organisateur de voyage que je suis aussi, menaçant à chaque moment de reléguer au second plan le sujet et le contenu dont nous désirons pourtant nous imprégner.

  Je me baisse un peu, pour approcher de plus prés encore cette eau glaciale qui a englouti tant de vies, de ces visages et de ces corps ressortis de l’eau, et dont j’avais observé, les yeux mi-clos, les formes défigurées sur l’ordinateur du médecin légiste de la morgue d’Alexandroupolis.

  Le silence est au rendez-vous. Il y a le clapotis régulier des vagues contre la berge et ce froid qui rend immédiatement palpable la situation qui m’a obsédé ces derniers mois: celle de cette jeune femme retrouvée aux abords du fleuve, quelque part, pas loin du lieu où je me situe en ce moment-même, ayant vécu ces derniers moments sous des circonstances tout à fait similaires.

  Je regarde autour de moi. Étais-ce par ici? Ou peut-être, par-là ? »Christian Catomeris, La Femme au bracelet (projet de livre inachevé, pour le moment)